SUISSE ROMANDE : l’expatriation qui a du sens | ANECS

SUISSE ROMANDE : l’expatriation qui a du sens

« Qui n'a pas quitté son pays est plein de préjugés » : c’est paraphant Alfonse de Lamartine que débute cet article, tentant de donner un sens à nos envies d’ailleurs. Car si toi, stagiaire DEC ou affilié (de près ou de loin) à la profession du chiffre, tu cherches à donner un nouveau sens à ton apprentissage, mêlant goût de la nouveauté et objectifs professionnels, cet article t'est dédié ! Traversant lacs et montagnes, j’ai décidé de remonter le Rhône jusqu’à un lac nommé Léman, et ai récolté des avis et informations sur notre profession en Suisse romande.

 

La Suisse Romande, l’international à la portée des français

Petite par sa taille, mais riche de différentes cultures, la Suisse compte pas moins 8,5M habitants, et un PIB/ hab. de 93.000 €. Cette nation se divise en 26 cantons et reconnaît 4 langues officielles. La Suisse romande, à l’ouest, s’étend sur 7 cantons et représente près du quart du territoire. Cette région limitrophe de la France impacte son économie car la Suisse est le 9e client et fournisseur français. L’accompagnement des investissements étant primordial dans la sécurité des transactions et la pérennité des échanges, notre profession a des cartes à jouer sur ce territoire.

 

 L’approche métier, une culture aux antipodes

A Genève notamment, la tournure européenne et internationale de l’économie impacte le business et sa façon de l’appréhender. Là-bas, un tiers de la population est expatriée, d’où un melting pot dans les équipes.  Le reste de la région est essentiellement tourné vers l’économie locale.

Romuald Driand, expert-comptable et commissaire aux comptes, fondateur d’une fiduciaire franco-suisse

 

« Lorsque j’accompagne mes clients français, je préfère davantage proposer des solutions d’accompagnement et de conseil que d’assistance administrative. La fiscalité du pays encourage à conseiller une totale séparation des activités suisses et françaises  ».

 

La réglementation est plus souple dans certains domaines, en voici des exemples :

-          Volet social : la durée moyenne hebdomadaire est de 41h et le minimum légal de congés payés est de 4 semaines. La Loi sur le Travail comporte 100 articles en Suisse, contre 14000 en France. Aussi, ne cherchons pas à connaître le salaire minimum : il n’y en a pas (ou est fixé par canton et par branche).

-          Volet métier : en Suisse, le plan comptable n’étant pas réglementé, il est changeant selon les entités.

 

Joindre l’utile à l’agréable ?

Pour un français, s’installer (ou juste travailler) en Suisse romande peut sembler idyllique. Par exemple, aller à Genève nécessite 3 heures de TGV en partance de Paris, 2 heures en voiture / train de Lyon, ou encore 5 minutes d’Annemasse. D’après le site L’illustré.ch, le salaire annoncé d’un auditeur financier est nettement bien au-delà de toute comparaison en France, avec un niveau de vie plus élevé également. Attention toutefois : t’exporter sans expérience ou mal préparer ton départ sont les risques de mettre en péril ton projet de diplôme ainsi que ton bien-être.

Manuela Lacombe, Expert-comptable diplômée en 2016, résidente à Genève depuis 2013

"La mentalité de la Suisse est bien différente de la mentalité française : les relations sont principalement fondées sur la confiance, qui peut prendre du temps à être créée.
Sur le plan financier, certes les niveaux de salaire peuvent aller du simple au double, mais les dépenses sont également très importantes, notamment les assurances maladie, les loyers, les dépenses courantes."

 

Préparation à ton expatriation : ce que tu dois savoir

Des centaines de cabinets et de professionnels occupent la partie romande de la Suisse, principalement à Genève, mais aussi à Lausanne, Fribourg ou encore Neuchâtel. La taille des cabinets est variable : il y a un nombre important de fiduciaires unipersonnelles, quelques structures de taille intermédiaires, ainsi que les Big 4 et autres grandes implantations locales. Au 1er janvier 2018, trois stagiaires DEC travaillant en Suisse sont inscrits à l’Ordre, dont 2 à Genève.

Stacha Balmat, Responsable des offres de formation EXPERTsuisse en Suisse romande

« EXPERTsuisse accompagne les collaborateurs et experts dans la mise à jour de leurs connaissances, l’organisation d’examens et de diplômes et dans la représentation auprès d’autres institutions. Ni ordre professionnel ni organisme de placement, nous avons toutefois un réseau étendu et un recul sur chacun des cantons que nous couvrons ».

Certaines fiduciaires se sont spécialisées en fonction des besoins (cross-borders, montages financiers, fiscalité internationales, ONG), d’autres font appel à des techniciens adaptés pour rejoindre leurs rangs. Une autre preuve d’agilité « couteau suisse ». Comment la profession est-elle représentée ou développée en Suisse romande ?

Il n’existe pas d’ordre professionnel référent. Les ordres de cantons sont essentiellement des réseaux professionnels, dont l’adhésion est facultative. Veb.ch, ExpertSuisse et Fiduciaire Suisse en sont des exemples. Quant à l’audit, il suit une déontologie régie par l’Autorité fédérale de Surveillance en matière de Révision (ASR). Pour s’associer un label qualité, les personnes physiques comme morales se rassemblent dans des associations professionnelles (exemple : Ordre Genévois de la Chambre Fiduciaire). Sans forme exécutoire, ils apportent une touche marketing ainsi que des offres de formations. « En Suisse, l’absence de monopole institutionnel donne peut-être la sensation d’être moins protégé, mais l’autorégulation est là.  Le fort pouvoir de conscience dans la mentalité suisse se perçoit dans la réalisation des actes professionnels » nous confie Romuald Driand.

 

Accès à la profession, équivalences et expérience

L’expertise comptable n’est pas une profession réglementée en Suisse. Ainsi, le DEC n’est pas nécessaire en Suisse pour exercer le métier d’expert-comptable, bien qu’un examen fédéral ainsi que des modalités de reconnaissance de cursus existent. L’accès libre s’explique par l’absence d’assurance donnée par le professionnel sur les comptes de son client. Le professionnel apporte tout au plus une assistance dans la production comptable. Son apport sera davantage porté sur les volets d’ingénierie financière et de stratégie d’entreprise.

Dans la filière audit, le titulaire du DSCG français peut passer l'examen Swiss law for foreign accounts qui permet d'obtenir l'agrément de l'ASR en matière de révision légale. Cet agrément permet de devenir expert-réviseur pour tout audit conforme au contrôle ordinaire (sur choix des actionnaires ou si la société dépasse deux des trois seuils : CA à 40 millions de CHF, bilan à 20 millions de CHF, effectif à 250 salariés). Le commissariat aux comptes, représenté par les experts-réviseurs, est soumis au contrôle de l’ASR, notamment pour vérifier l’agrément d’audit et le respect des normes. En 2016, l’agrément ASR d’expert-réviseur était détenu par plus de 9 000 personnes physiques et 2 400 entreprises révision.

Le stagiaire du DEC français doit retenir que seule une année de stage DEC est possible en Suisse : conformément au décret n° 2012-432 du 30 mars 2012 relatif à l’exercice de l’activité d’expert-comptable, (article 70), le séjour en Suisse s’apparente à l’année « à l’international ou en entreprise ». Conseil : s’expatrier en dernière année de stage DEC.

 

Adaptation professionnelle : à quoi s’attendre ?

Les nouveautés arrivent de toute part : pays, logement, poste, techniques et problématiques clients seront chamboulées dès ton premier jour en fonction. L’organisation cantonale et fédérale de la fiscalité ajoute une difficulté supplémentaire.  « Faire un effort pour s'adapter à la nouvelle équipe que tu rejoins, s'intégrer au nouveau pays et oublier le modèle Français et s'ouvrir aux spécificités du nouveau pays dans lequel tu t’insères : voilà ce qui est important, en Suisse comme ailleurs » précise Jonathan Dadoun, senior manager à PwC Genève.

 

Lors de son entrée chez Arthur Andersen à Genève, Romuald Driand nous raconte son expérience : « Même si j’étais bien intégré dans l’équipe et par les employeurs, j’ai ressenti des difficultés d’avoir une vision “big  picture”, c’est à dire considérer les choses dans leur ensemble. En arrivant, on a l’impression que nos compétences sont « trop rigoureuses » par rapport à ce qui est demandé. Bien que l’éducation française m’a apporté des techniques a un coût moindre qu’en Suisse, je suis content d’être sorti de ce cadre pour évoluer ».

Pas de concessions, que des décisions !

En termes de recherche d’emploi, rien ne diffère avec les méthodes à appliquer en France, donc je passerai court à ce sujet. Outres les grands noms de plateformes, le site Jobup (leader en Suisse romande) se prête au jeu. Les cabinets de recrutement (voire un réseau interne si ton cabinet en France en est affilié), reste à privilégier.

 

Les recruteurs semblent connaître les diplômes et les atouts des stagiaires DEC français, le suivi nécessaire et les contraintes de diplôme, et proposent (parfois à leur frais) des formations de mise à niveau avec la législation suisse. Autrement, postuler dans de plus petites fiduciaires suisses peut être gratifiant, mais tout le fonctionnement du DEC français est à exposer à l'employeur.

A notre niveau de qualifications (bac + 5 validé), il n’y a pas de profil type pour décrocher le job. Un anglais satisfaisant au poste et une curiosité intellectuelle suffisent. Les travailleurs savoyards, ayant pour coutume à travailler avec la Suisse, tireront leur épingle du jeu. Le profil d’auditeur senior est très recherché en Suisse.

Jonathan Dadoun Senior manager audit à Genève,

« Postuler en Suisse, c’est comme postuler en France. Pour une candidature à PwC, j’ai envoyé un email à l’adresse « .ch » plutôt que « .fr ». Je n’ai constaté aucune difficulté supplémentaire dans le recrutement par rapport à la France ».

Une fois le job décroché, pense au permis de séjour !

Par exemple, le permis G (travailleur frontalier), délivré pour une période de cinq ans, coûte 65 CHF et impose un délai de traitement de trois mois.

 

Une fois sur place, organise le suivi de ton diplôme et ta préparation

Contrat signé et maître de stage trouvé : formidable ! L’étape immanquable reste l’orchestration du DEC dans cette (ces) année(s) charnière(s) à l’étranger.

  • Quelles formalités par rapport à l’Ordre ?

L’inscription doit obligatoirement être effectuée auprès de l’Ordre de Paris Ile-de-France (Article 507 du stage d’expertise comptable : “Les candidats effectuant leur stage dans les collectivités d'outre-mer ou en Nouvelle-Calédonie ainsi que ceux effectuant tout ou partie de leur stage hors Union européenne adressent leur demande d'inscription en stage au Conseil régional de l'Ordre de Paris Ile-de-France”.

Lorsque le stage s’effectue au sein de l’UE, on peut choisir son CRO de rattachement, mais la Suisse ne fait pas partie de l’Union européenne.
En dehors de cela, aucune formalité, aucun coût, aucun justificatif ne diffère : tu es et demeures rattaché à l’Ordre des Experts-Comptables, et dois par conséquent respecter tes obligations de stage.

  • Y a-t-il une section ANECS en Suisse ?

Aucun regroupement de stagiaires DEC n’est recensé en Suisse. En cas de besoin, les portes de l’ANECS restent toujours ouvertes (la Commission Internationale est plus compétente sur les questions des expatriés, et l’ANECS Rhône-Alpes propose des événements dans sa région).  

  • Dois-je obtenir une équivalence ?

Exercer dans la comptabilité ne nécessite pas de diplôme particulier. Quant à l’examen de reconnaissance technique Suisse (voir plus haut),  il s’agit d’un QCM de 35 questions portant sur la révision des comptes, la fiscalité, le social, la TVA. Les requis sont assez pointus, mais le taux de réussite s’élève à 70%. Pour éviter le passage en candidat libre, EXPERTsuisse, organisateur des sessions d’examens, propose 4 jours de formation : les cours se déroulent en anglais alors que le QCM est de la langue de ton choix. Le coût est de 2800 CHF les 4 jours (en novembre), et l’examen à 3500 CHF (en décembre).

 

  • Sur quoi rédiger mon mémoire ?

Par exemple, on peut traiter des différences France / Suisse sur les volets fiscaux, comptables et sociaux. Kevan Sherafatmand, expert-comptable mémorialiste à Genève, nous rappelle toutefois qu’il faut rester à l’écoute de l’actualité technique française pour réussir le DEC.

 

Tu as désormais toutes les infos et avis nécessaires pour te faire une idée de cette destination. Certes, je t’incite vivement à approfondir tes propres connaissances afin d’objectiver ton avis. Aussi, j’espère de tout cœur que cet article t’a été utile !

Si toi aussi tu souhaites nous envoyer tes avis, prends la parole sur la page Facebook ANECS – Commission internationale ! Egalement, tu es libre de nous faire une proposition de destination pour notre prochain article. Notre démarche de t’aider à explorer des contrées lointaines nous tient à cœur, alors partage tes ambitions.

Benjamin WEIN (#Benjo)

Sources :

ExpertSuisse, Swiss Law for Foreign Accountants  :

http://www.expertsuisse.ch/fr-ch/dynasite.cfm?dsmid=507579

ExpertSuisse, examens fédaraux : http://www.expertsuisse.ch/fr-ch/downloads-expertcomptable

ASR, obtention de l’agrément : https://www.rab-asr.ch/fr/zulassung-fr/natuerliche-personen-fr.html

Ville de Genève, propension à l’expatriation :

http://www.ville-geneve.ch/index.php?id=16358&id_detail=2724

Rapport de gestion de l’ASR, édition 2016 : https://www.rab-asr.ch/fr/aktuell-fr/aktuell-medien-fr/1765-geschaeftsbericht-2016-der-rab-fr.html 

Remerciements chaleureux de la Commission Internationale de l’ANECS aux intervenants de cet article, à leur bienveillance et à leur ouverture sur le monde.