E-Estonia, la perle du digital | ANECS

E-Estonia, la perle du digital

Cette année, la République d’Estonie fête son premier centenaire ; proclamée le 23 février 1918, la République a été reconnue par la communauté internationale en 1919. Pour rappel, l’Estonie est un pays de 1,3 millions d’habitants avec un produit intérieur brut en 2017 de 14,3 milliards euros. Elle est membre de l’Union Européenne depuis le 1er mai 2004 et de la zone Euro depuis le 1er janvier 2011. Cette nation a très tôt considéré les outils numériques comme une chance pour ses citoyens tant du point de vue économique que politique. La stratégie digitale mise en œuvre par les pouvoirs publics a permis de transformer les services de l’Etat dont voici quelques fonctionnalités.

La numérisation des services rendus par les administrations publiques a été l’une des priorités de l’Etat dès les années 1997 avec la mise en place d’un programme de e-Gouvernance aboutissant à la digitalisation de 99 % des services. Sur cette lancée, les pouvoirs publics ont mis en place dès les années 2000 le programme « e-Tax » permettant aux particuliers et aux professionnels d’effectuer en ligne de nombreuses formalités et en particulier les déclarations d’impôt. En 2016, environs 95 % des déclarations étaient réalisées via les plateformes mises à disposition par l’Etat. Pour rappel, en 2017, un peu plus de 55% des citoyens français effectuaient leur déclaration d’impôts en ligne.

Le déploiement de ces services n’aurait pas été possible par l’Estonie sans l’utilisation en 2001 d’un système d’identité numérique fiable développé par le ministère de l’économie et de la communication estonien. Aujourd’hui, le Nordic Institute for Interoperability Solutions (NIIS) assure le suivi technologique de la plateforme open source d’échanges de données sécurisées. Les données relatives aux personnes physiques, morales et certains produits comme les voitures disposent d’une identité numérique et des pseudonymes propres gérées par les différents ministères. Les bases de données distribuées sont accessibles 24/7. Pratiquement chaque estonien dispose d’une carte d’identité numérique permettant de réaliser ces opérations mais également de suivre les autorités ayant accédé à ses données.

Dans le cadre de la protection des données, l’Estonie a étudié les propriétés de la blockchain dès les années 2008 et mis en œuvre des projets depuis 2012. Ces livres électroniques sécurisés et gérés par l’Etat sont utilisés dans les domaines judiciaire, législatif, commercial… Les systèmes développés par l’Estonie sont aujourd’hui utilisés notamment par les Nations Unies et l’Union Européenne afin de sécuriser des informations sensibles. Pour assurer la conservation des données, l’Etat estonien a été le premier à créer en 2017 une ambassade numérique. Elle permet à l’Etat estonien de sauvegarder ses données stratégiques au Luxembourg et ainsi faire face à toute situation de crise majeur tout en conserver la gestion de celles-ci.

Puis l’Estonie a lancé son service de e-Residency en 2014 qui permet à chaque personne de disposer d’une identité numérique qu’elle soit citoyen estonien ou étranger. Ce service s’adresse principalement aux personnes souhaitant entreprendre. Il permet de créer une entreprise dans l’Union Européenne et de gérer entièrement l’entreprise en ligne… pour un coût limité et une efficacité maximale.

Dans ce schéma, la distribution des identités à des personnes formellement identifiées est une question clé. Lorsqu’un français commande une identité estonienne « e-Residency », il sera invité à venir retirer sa carte à l’ambassade. Ce document ne sera remis qu’après le contrôle de l’identité du demandeur.

Jusqu’à présent les failles détectées ont été rapidement corrigées et étaient principalement liées à des cartes d’identité défaillante rapidement remplacées et/ou des failles de sécurité rapidement corrigées. Ces cartes corrompues ont été remplacées sans que les données n’aient été altérées ou dérobées. L’Etat estonien a fait le choix de communiquer sur tous les incidents rencontrés afin d’informer ses citoyens sur les limites de ces outils et des bonnes attitudes à adopter, comme par exemple de ne jamais prêter ou échanger son identité numérique.

De nombreuses autres applications sont utilisées par l’état estonien et ses citoyens. Les futurs développements portent sur des systèmes intégrés de gestion des informations pour les entrepreneurs et les sociétés ainsi que des applications dans les domaines de la sécurité, l’éducation, la santé. Toutes ces applications ne sont pas des nouveautés mais leurs mises en œuvre devraient être simplifiées grâce à la pseudonymisation, la meilleure organisation de la collecte et du traitement des données.

En France, depuis le début de l’année, l’association French-road milite pour la mise en œuvre dans l’administration et les entreprises qui le souhaite de cette technologie qui permet de repenser la relation entre citoyens, entreprises et autorité publique. La maîtrise de ces informations passe par la formation aux outils.

Victor Gallavardin
Expert-comptable diplômé
Réviseur d’Entreprises