Plus d’avenir pour les jeunes Commissaires aux comptes ! Lettre ouverte à Monsieur Bruno LEMAIRE et Madame Nicole BELLOUBET | ANECS

Plus d’avenir pour les jeunes Commissaires aux comptes ! Lettre ouverte à Monsieur Bruno LEMAIRE et Madame Nicole BELLOUBET

Plus d’avenir pour les jeunes Commissaires aux comptes !

Lettre ouverte à Monsieur Bruno LEMAIRE et Madame Nicole BELLOUBET

Paris, le 12 septembre 2018

 

Monsieur le Ministre des Finances, Madame la Garde des Sceaux,

 

C’est avec une grande inquiétude que nous vous écrivons. En effet, les premiers résultats de la commission parlementaire chargée d’étudier les amendements proposés à la loi PACTE sont, une nouvelle fois, une douche froide pour les jeunes professionnels que nous représentons.

A ce stade des débats, nous tenons à vous alerter, comme nous l’avons déjà fait au cours de ces derniers mois, sur les risques que cette loi fait courir à la filière du chiffre.

En premier lieu, les jeunes professionnels qui ont acquis une clientèle d’audit au cours des dernières années, se verront amputés à minima de 40 % et jusqu’à la totalité de leur activité d’audit dans les trois prochaines années. Pour ceux qui n’exercent pas une activité d’expertise comptable – et ils sont nombreux – c’est tout simplement la faillite du cabinet et le licenciement des collaborateurs.

La mise en place d’un audit adapté, comme nous l’avons appuyé dans nos propositions, aurait eu deux finalités :

  1. Un contrôle des entreprises enrichi d’un apport analytique porteur de plus de valeur ajoutée pour le dirigeant ;

  2. La possibilité pour les jeunes confrères concernés de faire évoluer leur cabinet dans un délai raisonnable et sans angoisse.

Vous nous répondrez que cette mission est créée dans la loi PACTE. Cependant, en la rendant optionnelle sans période obligatoire de quelques années pour nous permettre de la proposer à nos clients et nous laisser le temps d’en démontrer l’utilité, vous tuez cette mission avant même sa mise en place.

La seconde mesure que nous soutenons concerne le contrôle des groupes et petits groupes. Il est impensable que cette mesure, la plus cohérente et la plus égalitaire, fasse débat. Il est évident que plus on multiplie les étages, plus on complexifie les analyses. Il est donc indispensable qu’un contrôle soit mis en place dans ces petits groupes. Sans changer les seuils qui ont été décidés pour se conformer aux seuils préconisés par l’Europe, le contrôle des commissaires aux comptes devrait être étendu à au moins 70 % du périmètre du petit groupe, en plus de l’audit sur la société tête. Les risques majeurs sur ces groupes se situent dans les filiales et non dans les sociétés têtes de groupe.

Ces deux mesures permettraient aux jeunes professionnels qui débutent leur carrière de voir un avenir dans le commissariat aux comptes et limiterait les impacts négatifs et contreproductifs de cette loi. A l’inverse, si vous ne retenez aucune de ces deux mesures, c’est la mort assurée du commissariat aux comptes à la française, regardé pourtant de plus en plus par les autres pays européens. La concentration sera inéluctable. Dans un avenir à très court terme, une trentaine de cabinets d’Ile de France se partageront l’ensemble des mandats, désertifiant les territoires.

En plus des professionnels en exercice, c’est une filière entière que vous décidez de tuer. La mission de Cambourg avait travaillé sur l’attractivité de la profession. En l’état, la loi PACTE ne favorise pas l’attractivité de la profession de commissaires aux comptes. En effet, s’il n’y a plus d’avenir pour les professionnels en place, il n’y a plus d’avenir pour la jeune génération. C’est la fin de toute la filière Master CCA (Comptabilité, Contrôle, Audit) sous 5 ans. Les cabinets d’audit sont le débouché naturel pour les jeunes diplômés de cette filière d’excellence. Ils y acquièrent une forte expérience de haut niveau. Plus de 50 % quittent ensuite les cabinets qui les ont formés pour intégrer des PME de toute la France à des postes d’auditeur interne, contrôleur de gestion, responsable administratif et financier ou directeur financier. Tous ces collaborateurs formés par la filière audit, ne seront plus à disposition des chefs d’entreprises.

Une pénurie de cerveaux dans le domaine du chiffre se fera fortement sentir. Plus personne ne verra d’avenir dans cette filière puisqu’il sera impossible de trouver un poste à la sortie des formations, si ces dernières arrivent encore à produire quelques diplômés. Et là, c’est toute l’économie française qui en souffrira. Pour qu’une PME ait la croissance espérée, il faut qu’elle s’entoure d’une équipe formée et compétente. A moyen terme, si la loi PACTE dans son ensemble apporte la croissance de nos PME - ce que nous souhaitons car nous croyons en notre France - ces dernières seront malheureusement privées des ressources qui leur permettraient d’être accompagnées et d’exceller.

Nous restons, bien entendu, à votre disposition dans les jours à venir pour échanger de vive voix sur le sujet. Il y a urgence à réagir. Nous avons toujours dit que nous voulions vous accompagner dans un débat constructif sans pensée corporatiste. Écoutez les jeunes s’il vous plait !

Dans cet espoir, nous vous prions de recevoir, Monsieur le Ministre, Madame la Garde des Sceaux, nos inquiètes salutations. 

 

 

Yannick LE NOAN                                                                                                Yves PASCAULT

Président ANECS                                                                                                  Président CJEC