L’interprofessionnalité, point de vue d’un avocat | ANECS

L’interprofessionnalité, point de vue d’un avocat

Par Maître Augustin DOULCET, Avocat au Barreau de PARIS, Associé du cabinet LEXE ASSOCIES, Responsable du Pôle Interprofessionnalité de l’ACE (Association des Avocats Conseils d’Entreprises).

A l’heure où l’interprofessionnalité est plus que jamais d’actualité, un premier constat s’impose : il existe une complémentarité évidente entre les professionnels du droit et les professionnels du chiffre, et en particulier entre experts-comptables et avocats.

Si ces professions travaillent régulièrement ensemble, force est de constater qu’elles se regardent bien trop souvent en « chiens de faïence », estimant à tort que l’autre pourrait constituer une menace en ce qu’elle serait susceptible de s’attaquer au pré-carré de sa voisine. Pourtant, l’interprofessionnalité représente en réalité une formidable opportunité d’abattre la barrière psychologique que représente ce sentiment de concurrence.

Le législateur l’a bien compris en incitant les professionnels du droit et du chiffre à s’unir par divers moyens. Nous pouvons citer en premier lieu les SPFPL (Sociétés de Participations Financières de Professions Libérales) qui après avoir été seulement « monoprofessionnelles » (cf. loi « MURCEF » de 2001) pendant une décennie peuvent être désormais « pluriprofessionnelles » depuis la loi de « modernisation des professions judiciaires ou juridiques et certaines professions réglementées » de 2011. L’interprofessionalité qui n’était jusque-là que capitalistique est encore entrée dans une nouvelle ère avec la réforme dite « Macron ». En effet, l’ordonnance du 31 mars 2016 prise en application de la loi du 6 août 2015 a créé les Sociétés Pluriprofessionnelles d’Exercice (SPE), nouvelle forme de sociétés permettant à plusieurs professions réglementées - dont les experts-comptables et les avocats – d’exercer en commun sous une même dénomination sociale.

Ainsi, les professionnels que nous sommes peuvent désormais choisir de former un tout vis-à-vis du client afin d’être en mesure de lui proposer une offre de services complète et spécialisée valorisant nos compétences complémentaires au sein d’une marque commune. Au-delà de l’avantage concurrentiel du « full service », l’association au sein d’une même structure peut permettre aux professionnels qui la composent de mutualiser les coûts de fonctionnement mais aussi de développer des produits ou services innovants afin d’améliorer encore l’expérience client.

D’autres, et en particulier ceux qui ont vocation à travailler avec des professionnels variés du fait de leur activité, pourront préférer garder une certaine indépendance et privilégieront une forme de collaboration plus souple qu’une structure unique capitalistique ou d’exercice. L’interprofessionnalité peut alors revêtir la forme d’un réseau ou de tout autre groupement : association, GIE, réseaux en ligne … A ce titre, citons par exemple la communauté digitale « Share Your Knowledge » créée récemment, premier réseau d’affaires en ligne dédié aux professionnels du droit et du chiffre.

On le voit, il existe donc un panel de moyens permettant de nous saisir de l’opportunité que représente l’interprofessionnalité. Sous réserve naturellement que chacun veille à exercer son activité dans le respect de ses règles professionnelles et déontologiques, le client mais également les professionnels que nous sommes aurions probablement tout à y gagner !