Le "Rebond" de l'audit par Yannick Ollivier, Vice-président de la CNCC | ANECS

Le "Rebond" de l'audit par Yannick Ollivier, Vice-président de la CNCC

Les bureaux nationaux ANECS et CJEC, réunis en conseil le 7 septembre, ont reçu Yannick OLLIVIER, Vice-président de la CNCC, qui est intervenu sur les enseignements de la loi PACTE et le « Rebond » que propose la Compagnie à la profession. 

 

Monsieur le Président, vous nous avez dit que le premier enseignement à tirer de la déflagration que la loi PACTE a provoqué dans la profession, est la nécessité d’être très clair sur l’utilité du commissaire aux comptes.

YO : La loi PACTE a été un véritable traumatisme pour la profession. Un traumatisme du relèvement des seuils, mais peut-être pire encore, un traumatisme encore plus profond sur l’exposé des motifs de ce texte notamment à l’occasion du rapport de l’IGF qui l’a précédé. Il a ni plus ni moins dit à la profession qu’elle était une charge inutile pour les entreprises ! Une véritable insulte faite à 13 000 professionnels qui n’ont jamais démérité et qui ont toujours tenté de répondre aux exigences toujours plus nombreuses qui leur étaient imposées. Nous aurons évidemment l’occasion d’y revenir.

Au-delà, la loi PACTE est une interrogation sur la valeur ajoutée de notre métier. Là il faut être clair, objectif et lucide. Nous n’avons pas suffisamment fait passer le message de cette valeur ajoutée que nous apportons au quotidien aux entreprises et aux entrepreneurs. Il est vrai qu’on ne s’aperçoit du bénéfice de la sécurité que lorsqu’elle est menacée. Les entrepreneurs n’échappent pas à cette règle, et ils ont très vite tendance à considérer que nous ne sommes pas utiles parce que leur sécurité n’est pas menacée.

Il faut donc complètement changer le paradigme en matière de communication et faire que le commissariat aux comptes s’inscrive dans une démarche de valeur ajoutée, de sécurité et d’efficacité, comme ont su le valoriser d’autre professionnels libéraux.

 

Ceci posé, vous nous dites qu’il faut redonner du sens à nos missions. Qu’entendez-vous par là ?

YO : Donner du sens à notre mission, c’est la rendre lisible. Il est évident que nos rapports totalement normés, que nos justifications des appréciations, elles aussi normées, que notre façon de travailler et d’appréhender l’audit n’inspire pas de valeur ajoutée pour nos clients.

Il serait trop facile de vouloir tout remettre en cause car la question de la responsabilité ressurgit aussitôt. Néanmoins il faut que nous n’ayons pas peur de profiter de ce grand chambardement de la loi PACTE pour remettre en cause ce que je qualifie parfois de nos routines professionnelles.

Cela veut dire créer de l’écoute et mieux profiter de tout ce que la loi nous offrait en matière d’avis et recommandations et nous offre maintenant en matière de prévention des risques. J’exclue bien entendu le mot conseil. Désormais un commissaire aux comptes ne peut pas être un simple acteur exclusivement tourné vers une lecture sans valeur ajoutée des chiffres. La mission ALPE permet tout à la fois un large champ de simplification et l’allègement de tâches administratives au bénéfice d’un rapport sur les risques qui, j’en suis convaincu, est une valeur ajoutée par les entrepreneurs et notamment les plus petits d’entre eux.

A nous de savoir désormais vendre cette mission, mais également celles tournées vers le marché que sont les attestations et leur champ d’utilité évident pour les entrepreneurs et leurs parties prenantes.

 

Il nous faut donc définir notre offre au-delà des textes réglementaires ?

YO : Au-delà de placer la profession dans son rôle essentiel de créateur de confiance et de garant de la sécurité de la transparence, nous pouvons promouvoir des missions nouvelles tournées vers le marché.

Nous le savons, les nouvelles règles du jeu nous imposent des changements profonds dans notre posture, nos modes de communication et surtout notre capacité à nous inscrire dans le marché.

Dans le cadre du « Rebond » nous avons justement travaillé à construire un nouveau cadre d’action qui prend pleinement en compte les messages que ce marché des parties prenantes et des entrepreneurs nous adressent.

Bien sûr, nous ne devons pas oublier ce qu’est notre ADN dans ce spectre élargi d’offres que nous pouvons proposer. Je l’ai souvent dit, la profession dispose de nombreux atouts, à commencer par la qualité des femmes et des hommes qui la composent.

Il est impératif que nous sachions nous appuyer sur nos valeurs de compétences, d’indépendance, de technicité pour que les entrepreneurs sachent que nous sommes présents pour assurer de la sécurité mais aussi leur donner les moyens de leur développement grâce à de nouvelles attestations qui leur seront utiles au quotidien.

Toutes ces nouvelles missions seront présentées lors de la convention nationale de la Compagnie, les 7 et 8 novembre prochains à Lille. Nous devrons y être nombreux car c’est le moment d’insuffler à tout le corps professionnel les conditions optimum de refondation.

 

Pouvez-vous nous présenter le projet « Rebond » ?

 

YO : Le projet « Rebond » s’articule après la loi PACTE autour de quatre chapitres et un préalable.

Ce préalable est une véritable prise de conscience de la nécessité de transformer profondément notre posture et nos missions. C’est aussi prendre conscience de l’incroyable impact de ce texte sur l’économie de la profession.

153 000 mandats sont potentiellement menacés. Mais au-delà, ce sont des femmes et des hommes qui voient leur métier bouleversé, leurs équilibres économiques menacés, et pour certains, c’est tout une vie ou un avenir qui sont remis en cause.

Première priorité du rebond, l’accompagnement de la profession et des professionnels les plus menacés. Cela passe par la mobilisation de tous les élus des Compagnies régionales et la création d’un soutien personnalisé mis à disposition.

Le rebond c’est ensuite la mission ALPE que je décrivais, et l’émergence de toutes les nouvelles chances que nous offrent les attestations.

Le rebond c’est encore la mise à disposition de toutes les formations indispensables à chaque professionnel pour qu’il puisse justement profiter de ces nouvelles missions et les proposer au marché. J’observe d’ailleurs que dans les premières réunions régionales auxquelles je participe, j’entends des professionnels changer de comportement pour mettre davantage en avant leurs qualités d’entrepreneurs. C’est évidemment une opportunité que nous devons multiplier.

Dernier sujet du rebond, donner à chacun la capacité de s’engager dans de véritables démarches commerciales pour aller présenter au marché l’intérêt de sa présence. Je crois que « savoir se vendre » représente le plus profond bouleversement que PACTE et ce rebond demanderont aux commissaires aux comptes.

Sur ce dernier point, j’ai évidemment la certitude que les plus jeunes d’entre nous s’adapteront plus vite et plus facilement.

 

La révolution digitale et les nouvelles attentes sociétales (sécurisation de l’environnement, transparence, exigences éthiques et écoresponsables) constituent également ce projet ?

YO : Ne pas aborder le numérique dans le projet de la profession serait totalement irrecevable.

De l’intelligence artificielle à la valeur ajoutée de la donnée, tout est aujourd’hui numérique. Nous voyons d’ailleurs que cela s’inscrit totalement dans la société française, comme partout ailleurs dans le monde. Cette révolution du numérique est surtout passée d’une évolution technologique à une révolution des modes de consommation. L’algorithme devient un outil de consommation. La profession doit y participer d’abord en réponse à son marché. Mais elle doit aussi investir ce marché pour maîtriser son avenir mieux que n’ont su le faire d’autres professions.

L’uberisation n’est pas un vain mot, même s’il ne s’applique pas spontanément à nos métiers, qui pourraient être davantage impactés par l’intelligence artificielle. Il n’empêche que c’est autour de la valeur ajoutée de nos missions qu’il faut travailler avec le numérique. Je me félicite d’ailleurs de la décision de Jean BOUQUOT, d’avoir créé une commission en 2017 du numérique et de l’innovation. C’est grâce à elle, et c’est en continuant de la faire vivre que nous serons plus forts demain qu’hier.