Regard de trois jeunes professionnelles "holistiques" sur le monde d'après | ANECS

Regard de trois jeunes professionnelles "holistiques" sur le monde d'après

Cette période de crise, par sa brutalité, a ouvert une brèche dans l’économie de croissance et a fait émerger un espoir de changement.
Parce que nous sommes véritablement “au coeur des flux”, nous pensons que le “Monde d’après” ne doit pas se faire sans les professionnels du chiffre. Notre rôle est crucial dans la transformation souhaitée des modèles économiques et sociaux vers des modèles plus durables.

D’ailleurs, le président du CSOEC Charles-René TANDE l’a exprimé dans son discours lors de la 18e cérémonie du Trophée RSE : “Nous sommes désormais convaincus que la profession est face à deux enjeux majeurs : le numérique et la RSE. Le premier a été intégré par tous, ce qui n’est pas le cas du second. Nous devons continuer d’oeuvrer pour que nos confrères et consoeurs intègrent la RSE à leur activité de conseil auprès des entités de toute taille. Il s’agit de veiller à l’intérêt général, à l’environnement et aux équipes”.
Aussi, pour vous permettre d’acquérir les clés d’une transformation durable, nous vous présentons les principales évolutions qui impacteront à court, moyen et long terme notre profession.

Un peu d’histoire

Jacques Chirac nous disait en 2002 : “Notre maison brûle et nous ne faisons rien”. Presque 20 ans plus tard, Greta THUNBERG nous le rappelle, lors de son discours à l’ONU en 2019 : “Comment osez-vous continuer à détourner le regard et venir ici en disant que vous en faites assez”.

Car le constat fait par les scientifiques depuis des années montre que nous consommons plus de ressources que ce que la Terre est capable de produire en un an.

Ce phénomène a pour origine l’essor des activités humaines dans une période de l’histoire, qui a été appelée l’Anthropocène, ou “l’ère de l’Humain”.

Les scientifiques ne se sont pas accordés sur une date de départ de cet Anthropocène mais s’accordent sur une période de “Grande Accélération” qui débute entre la révolution industrielle au 18e siècle et l’après-guerre 45.

C’est en effet à cette époque que nous avons connu le développement des industries lourdes pour soutenir la guerre au départ et qui s’est ensuite généralisé à l’aide de lobbyings d’industriels pour les besoins de la société de consommation.

Nous avons vu apparaître l’industrie du pétrole, l’aviation, l’agriculture intensive, la globalisation des échanges par les transports maritimes, l’industrie du textile, le nucléaire, etc.

Ce puisement de ressources naturelles non renouvelables a pour impact une détérioration de notre écosystème. Le graphique ci-après représente les effets multiples de cette détérioration :

Ce qui est à l’origine de l’augmentation des catastrophes naturelles, la migration forcée des populations, jusqu’à la crise sanitaire du Covid-19.

C’est pourquoi une transition écologique et sociale en profondeur est nécessaire.

Le temps de l’action

L’interconnexion de ces phénomènes nous contraint à agir de manière synchrone à tous les niveaux : micro, meso, macro3.

A l’échelle macro-économique, les Etats sont mobilisés depuis la publication du rapport Brundtland en 1987, qui est le texte fondateur du “développement durable4” .

En l’an 2000, les 193 Etats membres de l’ONU avaient déterminé 8 objectifs du millénaire pour le développement (OMD) à horizon 2015 et depuis 2015, 17 objectifs de développement durable (ODD) ont été fixés à horizon 2030 (cf. graphique ci-contre pour représentation des 17 ODD).

Ces ODD ont été déclinés par chaque état membre dans une feuille de route, appelée “Agenda 20305”.

Les entreprises mais aussi les collectivités sont des acteurs très importants dans la conduite de ces ODD, c’est pourquoi au niveau meso, elles sont amenées à prendre des décisions stratégiques importantes, liées à des réglementations ou de manière volontaire.

En 2015, la Loi de la Transition Energétique6 propose un plan d’action pour la lutte contre le dérèglement climatique et la préservation de l’environnement par l’économie de ressources en intégrant les notions de sobriété carbone et d’économie circulaire. Cette loi a des impacts non négligeables sur les secteurs du bâtiment et de l’électricité notamment.

En 2017, la loi du 23 mars relative au devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d'ordre, les responsabilise davantage sur le contrôle des activités de leurs filiales.

En 2017 toujours, la directive européenne du 22/10/14 sur la publication d'informations non financières et d'informations relatives à la diversité par certaines grandes entreprises et certains groupes a été transposée en France par le décret du 9 août 2017 remplaçant ainsi les dispositions de la loi dite “Grenelle 2” du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l'environnement.

Le reporting extra-financier devient une déclaration de performance extra-financière (DPEF) plus exigeante et s’adressant à un plus grand nombre de sociétés7.

Enfin, en 2019, la loi du 8 novembre 2019 relative à l'énergie et au climat, inscrit un objectif de neutralité carbone à horizon 2050, et la loi PACTE du 22 mai 2019 relative à la croissance et la transformation des entreprises, crée le statut d'entreprises à mission et la notion de raison d'être.

L’ensemble des entreprises est encouragé à déterminer une utilité sociale à son activité et à le faire savoir dans ses statuts.

Par ailleurs, les entreprises de l’ESS8, ont été reconnues par la loi du 31 juillet 2014 car elles sont consacrées aux activités d’utilité sociale et spécifiques par leur lucrativité limitée.

Elles sont présumées respecter des critères de gouvernance bien précis : la démocratie, la participation et la responsabilité environnementale et sociale9, ce qui valorise leur différenciation de l’économie classique et les oblige à mettre en place des bonnes pratiques et à le faire savoir.

Outre les obligations réglementaires, les entreprises doivent intégrer de manière volontaire dans leur stratégie les effets de la prise de conscience environnementale et sociétale des citoyens (au niveau micro) qui modifie leurs habitudes de consommation et leurs motivations au travail.

La redéfinition de l’offre et du fonctionnement interne de l’entreprise sont attendus. En effet, de plus en plus de salariés n’ont plus d’enthousiasme lorsqu’ils travaillent dans une entreprise qui ne respecte pas leurs valeurs et qui n’intègre pas l’intelligence émotionnelle10, ce qui fragilise les entreprises. La jeune génération est particulièrement concernée11.

Nous pouvons également relever que les principaux partenaires des entreprises, comme les banquiers et les assureurs, conditionnent de plus en plus leurs offres par rapport au respect de critères ESG12.

D’un point de vue économique, une étude de France Stratégie a montré que les entreprises responsables ont un gain de performance en moyenne de l’ordre de 13 % supérieur aux entreprises qui n’intègrent pas ces enjeux dans leur stratégie.

 

L’évolution des outils et des compétences

Des outils adaptés sont nécessaires pour maîtriser la complexité de ces enjeux et l’évolution des modèles.

Un premier outil est la norme ISO 26000 qui cadre la RSE13 en s’appuyant sur 7 questions centrales – - Gouvernance de l’organisation, - Relations et conditions de travail, - environnement, - bonne pratique des affaires, - protection du consommateur, - contribution au développement local, - droits de l’homme (cf. illustration). Le point fort de cette norme est qu’elle nécessite d’inscrire l’entreprise dans un dialogue avec ses parties prenantes, ce qui crée un cadre de travail coopératif.

Un second outil est la cartographie des activités de l’entreprise (processus) accompagné d’une analyse par les risques. Ces outils, issus du monde de l’audit, permettent d’avoir une vision des principaux enjeux et opportunités de l’organisation.

Un troisième outil est le bilan carbone (Bilan GES14) permettant d’évaluer les gaz à effet de serre des différents flux de l’entreprise sur une période donnée. Le point fort de cet outil est de construire une cartographie des flux sur la base des flux physiques et du cycle de vie du produit/service. Cette cartographie sert de base au dialogue avec les parties prenantes pour trouver des solutions de réduction des GES de l’organisation.

En ce qui concerne les entreprises de l’ESS15, un guide d’autodiagnostic sur 8 thématiques de réflexion a été adopté par décret en février 2017 et permet d’établir un plan d’amélioration des pratiques adapté à ces organisations (cf illustration) :

Enfin, le reporting des indicateurs extra-financiers permet de suivre d’autres éléments de la création de valeurs de l’organisation.

Mais la définition d’indicateurs pertinents, fiables et mesurables, est particulièrement complexe et de nombreux référentiels de reporting existent. C’est pourquoi l’ANC (Autorité des Normes Comptables) a engagé des travaux autour d’une normalisation de ces données extra-financières et a publié un rapport en juin 2019 en ce sens.

Concernant la comptabilité, des recherches et des expérimentations sont en cours pour faire évoluer la traduction comptable en élargissant les informations communiquées à l’ensemble des parties prenantes concernées par les activités de l’entreprise.

Nous pouvons notamment citer la comptabilité CARE développée par Jacques RICHARD, la méthode Sema développée par Marielle MATTHIEU, ou encore la comptabilité universelle développée par Jacques de SAINT FRONT.

Notre rôle en tant qu’expert-comptable et collaborateur en cabinet est d’acquérir les clés de la transformation durable en se formant à ces outils et en faisant évoluer notre métier comme le présente le rapport IFAC publié en 2019, résumé par l’illustration ci-contre :

L’expert-comptable de demain sera indéniablement au fait des sujets de la transition environnementale et sociétale en cours et pourra accompagner son client au changement dans ses missions au quotidien. Voilà pourquoi il est pertinent d’intégrer ces sujets dans les formations des étudiants, des stagiaires et des diplômés.

Nous avons de la chance d’avoir un métier attractif, porteur de sens et formateur !

Nous souhaitons incarner cette nouvelle génération d’experts-comptables “holistiques” et nous engager pour une profession durable.

C’est dans ce cadre que nous avons cocréé, avec Sébastien DARREAU, un parcours de formation de 20h autour de la RSE et que nous allons continuer à inscrire nos actions communes en faveur de cette belle profession.

Sophie CIPRI - Expert-comptable mémorialiste : “Elaboration d’un plan stratégique d’amélioration continue de la gouvernance d’un groupe intégré associatif: proposition d’une démarche méthodologique à usage de l’expert-comptable”

Sophie a créé en mars 2020 une auto-entreprise, CISO, dédiée au Conseil Inclusif pour la Stratégie des Organisations:accompagnement des organisations vers une amélioration continue de leur modèle par la gestion de leurs risques et la prise en compte des attentes des parties prenantes.

Sophie a été membre du bureau national ANECS en 2019 et en charge de projet éco-responsable des Estivales 2019. Elle est membre actif du Club DD du CSOEC.

Orianne Champon, Expert-comptable inscrite au CROEC de PARIS et Formatrice en Management, Contrôle de gestion et RSE.

Orianne se lance dans l’entreprenariat en Janvier 2018 et créé O2C Expertise & Conseil, un cabinet d’expertise comptable et de conseil qui intègre la RSE dans son métier. Elle accompagne les entreprises et les porteurs de projets avec une double compétence : comptable & financière et RSE, ce qui lui permet de travailler sur la création et le maintien des valeurs de l’entreprise et la performance globale.

Formée à la démarche Bilan Carbone®, à la démarche RSE (ISO26000) et aux achats responsables (ISO20400).

Membre du bureau du CJEC Paris Ile-de-France et Membre active du Club DD

Sandrine LEBEAU, Diplômée d’expertise comptable en 2019, crée le cabinet AlterCompta ex nihilo, dédié à la RSE et à la transition écologique et sociétale, afin d’aider les entreprises à intégrer les enjeux écologiques et sociétaux dans leur fonctionnement.

Sandrine est formée à la démarche Bilan Carbone®, à la démarche RSE (ISO26000 et GRI), et au Collège des transitions sociétales (IMT).

Membre du Club Développement Durable au CSOEC et de nombreuses associations comme Planet RSE, Colibleu ou Ecopôle.