Dynamique et enjeux internationaux de la profession comptable | ANECS

Dynamique et enjeux internationaux de la profession comptable

Par Jean BOUQUOT • Membre du Board de l’IFAC, ancien Président de la CNCC

Invité à m’exprimer devant les bureaux exécutifs nationaux de l’ANECS et du CJEC par Jean-Pascal CHARPENTIER, Président de l’ANECS, et François MERLET, Président du CJEC 2020-2022, je me suis exprimé sur la dynamique et les enjeux internationaux de la profession comptable au regard de mon poste d’administrateur de l’IFAC (International Federation of Accountants) depuis deux ans.

Je remercie infiniment Jean-Pascal et François de m’avoir donné cette opportunité d’échanger avec les bureaux nationaux et d’avoir complété cette invitation en souhaitant que j’écrive cet article pour une meilleure connaissance de cette thématique auprès des adhérents de l’ANECS et du CJEC.

La profession comptable a deux caractéristiques structurantes au plan international qui la rendent unique : elle est mondiale et elle est au service de l’intérêt général. Mondiale, elle l’est par le langage commun de la comptabilité, qui réunit tous les praticiens dans le monde, qu’ils exercent dans un cadre libéral, ou en entreprise ou dans le secteur public. Au service de l’intérêt général (“public interest") n’est pas anodin, c’est un marqueur fondamental, c’est à la fois une exigence incontournable et une force, qui se traduit en particulier par un code d’éthique international.

L’IFAC, organisation internationale créée en 1977, regroupe 180 instituts membres, présents dans 135 pays. Le CNOEC et la CNCC sont membres. La puissance de l’IFAC ne réside pas dans sa taille (une cinquantaine de collaborateurs) mais dans la force de son engagement à promouvoir et faire progresser la pertinence, la réputation et la valeur de la profession comptable au plan mondial.

La mission d’intérêt général de la profession est critique et sensible :

  • A une époque où la confiance et la transparence sont des éléments structurants de la prospérité économique et de la vie démocratique,

  • Dans une période où les acteurs qui entourent notre profession et font appel à nos services attendent une qualité sans faille,

  • Dans un environnement général où la pertinence de notre rôle n’est pas toujours bien comprise voire reconnue,

  • Et face à un avenir incertain de défis technologiques et de risques numériques.

 

L’importance de cette mission d’intérêt général justifie la surveillance par les régulateurs de marchés et de la profession.

L’importance de cette mission d’intérêt général doit être plus que jamais un élément d’attractivité pour des jeunes générations qui recherchent du sens dans ce qu’elles entreprennent et donc tout particulièrement dans la voie professionnelle qu’elles choisissent pour construire leur avenir.

Pour autant, cet élément fondamental n’est pas suffisant comme le démontrent les difficultés de recrutement et de rétention, donc d’attractivité de la profession. Ces difficultés se retrouvent dans de multiples pays et sont préoccupantes. Il n’existe ni cause unique ni remède magique. Une combinaison de facteurs se conjuguent qui requièrent une action volontariste et des messages positifs dans de nombreuses directions. La notion de profession d’intérêt général, la mise en avant des problématiques de lutte contre la fraude, la corruption et le blanchiment, les nouvelles missions de la profession en matière RSE sont porteurs de messages positifs. En parallèle, l’accent mis sur la notion de transmission de savoirs et de compétences, voire d’ascenseur social, sont des incitations à rejoindre la profession, et davantage encore, à rester au sein de la profession. Sans négliger bien entendu les attentes créées par la période récente de la pandémie de Covid autour des conditions de travail à distance, ni les besoins de renforcement des matières humaines par rapport aux matières techniques dans les parcours de formation initiale et permanente.

 

Je viens d’évoquer le sujet RSE. Ce sujet d’actualité brulante traverse tous les pays et toutes les activités. La profession comptable y joue déjà un rôle essentiel, tant aujourd’hui en matière de réflexion et de construction du cadre d’information non financière que demain de plus en plus en matière de préparation de cette information, de contrôle de cette information et de niveau d’assurance fournie. Pour autant, ce sujet n’est pas une chasse gardée de la profession, c’est un marché ouvert sur lequel la profession a de réels atouts mais peut rencontrer des concurrents.

Le code d’éthique que je rappelais en début de propos, la rigueur de nos démarches, la diversité des profils recrutés, notre dialogue avec les instances de gouvernance des entreprises de toute taille, le capital confiance que notre métier nous donne sont des atouts majeurs de la profession et sont des éléments porteurs de sens pour les jeunes générations.

Et pour compléter mon propos, ce sujet n’est pas réservé à l’activité audit. L’expertise comptable y trouve de réels champs d’action. Ce sujet n’est pas non plus réservé aux professionnels libéraux, quelles que soient les tailles de structures. Les professionnels en entreprise et dans le secteur public sont bien évidemment en première ligne comme producteurs et utilisateurs d’information RSE.

 

Parmi les autres thèmes de dynamique et d’enjeux internationaux de la profession, je citerai :

  • Les attentes spécifiques du marché des petites et moyennes entreprises et des acteurs professionnels de petite et moyenne taille. Les attentes du marché et les besoins des acteurs sont ceux de l’adaptabilité et de la proportionnalité, donc de la pertinence de la démarche et de la réponse aux besoins.

Les normalisateurs s’en préoccupent, les instances professionnelles y consacrent une grande partie de leur action, c’est un domaine sur lequel le travail n’est pas achevé mais progresse. Le soutien attendu par les professionnels dans cette démarche de progrès est important et légitime.

  • Les défis technologiques et les risques numériques. Chacun à son niveau s’en préoccupe. Structures d’exercice professionnel, instances professionnelles nationales et internationales, organes de surveillance comme l’ANSSI en France, régulateurs, formateurs, OCDE, etc. Pour autant, la rapidité d’évolution, l’importance des enjeux, l’impact sur les modes de travail et d’exercice, la nature des menaces, l’imprévisibilité des certains mouvements structurants sont réels et conduisent à toujours avoir à l’esprit la survenance possible d’un cygne noir. Ceci demande investissement financier et humain, mais au-delà, c’est un remarquable domaine de motivation et de modernité pour les professionnels. Nous y retrouvons une dimension de recherche de sens et d’évolution porteuse de défi positif pour la profession au plan international.

  • La lutte contre la fraude, la corruption et le blanchiment. La profession n’est pas le seul acteur dans cette démarche, mais nous devons accepter ce rôle et le valoriser dans un monde international traversé de courants contradictoires. Cet enjeu est important car toute défaillance professionnelle dans cet exercice serait une grave atteinte à l’image de la profession.

Pour les jeunes professionnels, c’est un facteur de valeur ajoutée de la profession.

Pour terminer ce propos, le concept de valeur ajoutée de la profession traverse tous les enjeux que je viens d’évoquer. Il s’oppose à la crainte de perte de valeur ou de banalisation du rôle de la profession au service de l’intérêt général. Les jeunes professionnels ou futurs diplômés doivent en être convaincus et s’y retrouver dans leur futur exercice professionnel non seulement en France mais à travers le monde. Car la profession offre à ceux qui le souhaitent des possibilités d’exercice dans des zones géographiques multiples. Cet élément contribue aussi à la dynamique de la profession comptable.